Le Cinéma d'Aska

des films, du cinéma, de la télé, moi.

Batman Begins

Vu le 16/6/2005 à l'UGC George V salle 1 (Balcon)
Langue : anglais
Conditions : correctes
Post Générique : oui

En 1989, Tim Burton sort Batman. Le succès est phénoménal sur le sol américain qui visiblement avait soif de voir un héros tourmenté et un super méchant ricanant et cabotinant. Conquis, les producteurs semblent avoir donné carte blanche au réalisateur pour le deuxième volet, Batman Returns. Burton signa là peut-être son plus beau film. Porté par la musique exceptionnelle de Danny Elfman, Batman Returns est un film sur la monstruosité, un incroyable poème tragique d'une beauté rare.

La série change alors d'orientation avec la venue de Joel Shumacher. A quelques images poétiques prêts, la belle présentation de Robin dans un cirque, Batman Forever joue la carte du spectacle coloré et tire parti de la Carreymania de l'époque, Jim Carrey interprétant le super méchant homme mystère, et conduit le film vers la comédie. Je pourrais me montrer dédaigneux mais moi Jim Carrey me fait vraiment marrer aussi Batman Forever n'est pas une catastrophe mais marque indéniablement un changement de cap. Et comme Burton pour Batman Returns, Shumacher radicalise son propos dans Batman Et Robin pour le porter vers le grand n'importe quoi. Il signe une "oeuvre" totalement ratée. George Clooney réduit Batman à un monolithe avec une bat carte bleue (si) et son double Wayne à un milliardaire tout sourire. Ponctués de punchlines idiotes, d'une action calamiteuse et de personnages grotesques (BatGirl en tête), Batman Et Robin laisse un sale souvenir et fut heureusement une déception au box office.

Bien qu'un épisode fût toujours en développement depuis la sortie de cette purge avec des projets parfois étonnant, on aurait proposé à Clint Eastwood d'incarner un Batman vieillissant, la franchise ne reprend que huit ans plus tard mais dans des conditions presque idéales : David Goyer au scénario, après Blade et Dark City notamment, et Christopher Nolan à la réalisation. Le metteur en scène a déjà signé un thriller original et prenant, Memento, puis un polar magistral qui transcenda le genre, Insomnia. On se prend à rêver d'un résultat similaire pour ce nouveau Batman dont le titre atteste d'une volonté de renouveler complètement la série en la reprenant depuis le début : Batman Begins.

Batman Begins sera donc l'histoire d'une genèse où Nolan et Goyer s'emparent de tous les moments fondateurs de la légende de Batman comme, pour prendre un exemple récent, Sam Raimi l'a fait dans l'excellent, monumental conviendrait mieux, Spider-Man. Et l'écrin qu'offre Goyer à Nolan repose sur le même principe qu'Insomnia à savoir une histoire de facture classique dans son genre, ici le film de superhéros, pour Insomnia le polar, et traversée par un sens aigu de la tragédie et de la noirceur.

Nous ne serons donc pas étonné de retrouver les thèmes chers au genre à commencer par l'expérience traumatisante qui guidera l'avenir du héros aussi bien dans son errance que dans sa vocation du justicier qui débarrassera une ville de Gotham sur le déclin de tous les malfrats. Une expérience dans le film particulièrement éprouvante car Wayne, encore enfant, assistera au meurtre brutal, scène brutale à l'écran également, de ses parents. Nolan tisse également une relation père/fils renouvelée grâce à l'entraînement aussi bien physique que philosophique de Wayne par Ducard qui devient peu à peu plus qu'un mentor. Cette relation compliquera encore plus les liens qu'entretient Wayne avec le "mal".

Le thème de la double personnalité, la fameuse schizophrénie des superhéros, est aussi abordé très intelligemment : tandis que Batman rend la justice, Bruce Wayne est un milliardaire fantasque et oisif, la vraie personnalité du héros étant quelque part entre les deux. Une vraie torture qui pèse sur Wayne et symbolisée par son amour impossible avec Rachel. Katie Holmes joue Rachel. Elle est une déception. Nolan en plus la filme de travers surtout dans sa dernière scène où on a vraiment l'impression qu'elle a la bouche tordue et qu'elle louche.

Les thèmes abordés sont classiques mais le point de vue de Nolan se démarque en prenant un ton résolument réaliste et sombre à l'image de ce héros d'abord vengeur et qui n'a aucun super pouvoir, le comble pour un super héros. Bruce Wayne compensera par une volonté et un entraînement surhumains, superhumains en quelque sorte.

Toute la première partie de Batman Begins décrit cette renaissance, au coeur des montagnes et des glaciers d'Asie, d'un homme devenu presque enragé devant l'injustice du monde. Un homme en colère mais rongé par la peur (colère, peur, haine, souffrance, le côté obscur de la force!) qui devra apprendre à canaliser ses craintes pendant son entraînement au point de choisir comme symbole l'incarnation même de sa peur pour la faire partager à ses futurs adversaires : la chauve souris.

Le retour de Wayne à Gotham ne sera alors qu'une successions de mises en place et d'initiations. Le réalisateur nous livre alors des détails précis et terre à terre sur la récupération des gadgets de l'homme chauve-souris à coup de commandes en pièces détachées, de sociétés écrans et d'un fastidieux travail d'assemblage. Un truc m'a même réjoui. Je me demandais comment des héros solitaires à la super identité secrète bâtissaient leur repaire secret hyper technologique. Dans Batman Begins, nous sommes loin de tous ça vu que c'est Wayne lui-même qui installe les éclairages dans une immense grotte sombre et humide! Des parti pris réalistes qui peuvent décontenancer, car enlevant un certain charme, mais que j'ai trouvés passionnants. L'ensemble reste cependant dans le domaine de l'anticipation. Aidé par un employé de son entreprise, Lucius Fox (joué par Morgan Freeman qui semble beaucoup s'amuser), Wayne utilisera des technologies très avancées.

Des gadgets qui lui serviront lors de ses sorties nocturnes. Des premiers faits d'armes parfois victorieux mais qui le confronte surtout à lui-même comme le montre son échec face à l'épouvantail (formidable Cillian Murphy) qui pratique la terreur psychologique en faisant resurgir les peurs de ses ennemis. Un supervilain froid et psychopathe très loin des méchants exubérants des quatres épisodes précédents.
Batman se montre aussi également bêtement grandiloquent et impulsif à l'image d'un superhéros encore un peu immature. L'évasion de l'asile puis la poursuite en batmobile, au passage elle est hideuse, est spectaculaire et surtout spectaculairement inutile. Batman/Wayne est encore un homme qui se cherche. Une ultime confrontation dans un métro sur le point de s'écraser permettront au superhéros, de couper les liens avec une partie de son passé, une partie de lui-même, et de prendre lors la chute du métro son envol au sens propre au détour d'un plan sidérant.

Nolan a en effet réalisé un film techniquement et plastiquement parfait avec un Gotham où ne semblent vivre parfois indistinctement qu'une classe de privilégiés, des malfrats et des rebuts. Pour la musique, Elfman ne semble pas avoir répondu à l'appel (lui a t'on fait appel?) mais nous avons droit à deux poids lourds de la musique hollywoodienne : James Newton Howard (les films de Shyamalan, Collateral..) et Hans Zimmer (The Rock, Gladiator, USS Alabama...). Le résultat est épique et mouvementée. Chapeau!

Quant aux acteurs, outre quelques surprises inégales (Cillian Murphy, Rutger Hauer, Gary Oldman pour les bonnes, Katie Holmes, Ken Watanabe, sous employé, pour les mauvaises), le casting a choisi des valeurs sures avec le triplet de mentors Caine/Freeman/Neeson et Christian Bale musclé comme jamais (à comparer avec Le Machiniste...) à la voix très grave. Il s'impose sans problème comme le meilleur Batman depuis 1988.

On pourra par contre constater un raté récurrent : l'action. Dans les quatres précédents épisodes, elle n'était ni très originale, ni palpitante. Ici, encore, Nolan échoue globalement. Les combats rapprochés sont montés comme des clips stromboscopiques et les grandes scènes de poursuites et explosives sont mollassonnes. Sauvons quand même le superbe final dans le métro. Peut-être que Batman n'est pas fait pour l'action au sens hollywoodien du terme... Peut-être également que l'action n'était pas la priorité de Nolan, comme son scénariste, plus attaché à donner une vision nouvelle de Batman en s'attachant plus à sa psychologie.

Il a réussi son pari. Batman Begins est une oeuvre crépusculaire, dure et belle. Comme pour Insomnia, mais dans une moindre mesure, Nolan est parvenu à respecter et même parfois sublimer le genre. Il offre ainsi un second souffle à la série qui est définitivement relancée. La Batmania peut reprendre.

La scène qui tue : l'avoeu de Batman à Rachel sur un toit d'immeuble :"It's not who I am underneath, but what I do that defines me" - "Bruce?". Et Batman saute dans le vide. Bale au sommet. Un moment incroyable. J'ai failli pleuré.

Ce que ma copine en a pensé : Batman Begin est l'archétype du film américain. L'amour impossible entre le super héro et sa Belle. Le manichéisme du Bien et du Mal. Le justicier incompris par ses pairs. Néanmoins, il y a une certaine noirceur qui se dégage du film : dans les personnages, dans l'atmosphère aussi bien que dans la lumière, elle-même et qui confère au film tout son attrait. Batman Begin est l'archétype du film américain, comme je les aime.

Revoir le film : bien entendu. Le DVD figurera en bonne place dans ma dvdthèque.
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By Anonymous Anonymous, at 2:14 PM  

Je suis plutôt d'accord avec ta critique. Le film est une excellente remise en marche de la franchise, bien sombre,se rapprochant plus d'un travail d'un Frank Miller ou de la très bonne série animée sortie il y a quelques années.
Quelques points sombres cependant, l'initiation chez les moines, qui est bien trop longue et classique. J'aurai préféré une partie plus longue sur la déchéance de Gotham qui est un thème bien plus interessant à mes yeux.
Deuxième bémol qui n'a rien à voir avec le film mais avec la critique, les deux meilleurs films (selon mon humble avis) de Burton sont Ed Wood et Mars Attacks (c'est mon côté geek fans de film pourris de SF qui parle) et j'ai pas trouvé le premier Spiderman inoubliable, contrairement au deux qui est excellent.  



By Blogger Aska, at 1:56 PM  

- J'ai l'impression qu'il y a un véritable consensus pour dire que le film relance la franchise et c'est déjà pas mal. Je te rejoins sur le point que Gotham et son côté décadent n'est pas assez exploité.
- J'aimais pas mal la série animée mais par contre je n'ai jamais lu un seul comic book.
- J'ai un immense respect pour Ed Wood qui est aussi un très grand film. Mars Attacks est génial mais il m'a moins "touché" qu'Ed Wood ou Batman2
- Spiderman 2 est effectivement encore mieux que le premier! Got get them tiger!  



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