Le Cinéma d'Aska

des films, du cinéma, de la télé, moi.

Les Poupées Russes

Vu le 15/6/2005 à l'UCG Normandie Salle 1
Conditions : bonnes
Langue : français (globalement car il y a aussi du russe, de l'anglais, de l'espagnol...)
Post Générique : une petite scène amusante au début du générique

Les Poupées Russes est la suite de L'Auberge Espagnole qui est un film qui résonne encore en moi. Il est la restitution exacte des souvenirs et des fantasmes d'un étudiant par lui-même qui tente de résumer "le bordel dans sa tête". Il ne raconte que ce qui l'a marqué : des femmes, des rues, des sorties, des galères... bref tout ce que sa jeunesse peut avoir de marquant. Comme dans Le Péril Jeune et sans passer par un récit traditionnel mais fragmenté, Cédric Klapisch a su capter les détails vrais, ceux qui nous touchent car justes et faisait conclure son héros Xavier par un fulgurant "Je dois être typique". Il avait raison. Je l'ai revu il y a une quinzaine de jours maintenant et j'ai une certitude : L'Auberge Espagnole est un grand film.

Même globalement réaliste, Klapisch s'était quand même réservé des moments très cinématographiques comme le joli épilogue où Xavier rompt avec ses études et son destin tout tracé au ministère des finances pour embrasser le métier d'écrivain, son rêve d'enfance. Les Poupées Russes démarre quelques années plus tard et Xavier est toujours écrivain mais pas vraiment dans la grande littérature. Il s'est spécialisé dans le roman à l'eau de rose et écrit la suite d'un téléfilm romantique. Pas de quoi pavoiser, même financièrement. Il est souvent réduit à jouer du pipeau aussi bien auprès d'éditeurs que de sa banquière. Mais il le confesse lui-même, il est très fort à ça et cette "qualité" donne lieue à quelques moments hilarants.

Les Poupées Russes est vraiment hilarant. Klapisch s'amuse à utiliser plusieurs ressorts comiques alternant joutes orales à travers les monologues de Xavier, comique de situation avec une Cécile de France extraordinaire quand elle accepte de "jouer" une fausse hétérosexuelle, et fantaisie pure qui culmine avec Audrey Tautou joliment déguisée en princesse et racontant à son fils ses désordres amoureux avec ses princes charmants!

Au delà de la comédie, c'est la vie d'un homme qui nous est racontée, celle de Xavier qui est à ses trente ans est légèrement paumé. Il pratique son travail de manière irrégulière et n'a pas vraiment d'habitation fixe. Il est aussi un incorrigible homme à femmes. Il en est encore à chercher son équilibre tandis que lui fait face son amie lesbienne Isabelle qui est plus ou moins son double fantasmé à la fois macho, pragmatique et décomplexée.

Les Poupées Russes est donc centré presque intégralement sur Xavier ou plutôt sur sa vie desordonnée. Le déroulement du récit est à ce titre déroutant, décousu, fait de beaucoup de digressions et autres flash back. Encore une fois et de manière encore plus radical, Klapisch raconte le bordel dans la tête de Xavier, un bordel qui n'est pas harmonieux, et qui m'a déconcerté, mais qui n'est certainement pas l'image d'une mise en scène je m'en foutiste. Cette façon de raconter est un parti pris qui semble assumé, le réalisateur s'amuse même à souligner symboliquement que Xavier n'aspire pas à une vie "droite" à partir d'une rue "parfaite" de Saint Petersbourg et d'une mannequin ("Ta rue, elle est moche").

Et une nouvelle fois, le metteur en scène trouve le ton juste, le moment important, la réflexion crédible épaulé par un acteur fantastique, peut-être son alter ego à l'écran : Romain Duris. Un acteur beau, extravagant et bohème qui se paye le luxe de parvenir à jouer avec une aisance incroyable un gars qui ne paye pas de mine. C'est un des grands tours du cinéma car tous les jeunes acteurs du film à la beauté et au corps parfait sont crédibles. Fascinant. (Et en plus beaucoup de ces trentenaires ont des appartements sublimes dans Paris!)

Cédric Klapisch parle aussi d'Europe. Son héros se ballade entre Paris, Londres, Moscou et Saint Petersbourg où des intrigues amoureuses remarquables s'enchaînent et culminent lors d'un mariage en plusieurs langues drôle et touchant. Lors des dernières scènes, Klapisch évite sobrement le mélo et le lacrymal préférant laisser Xavier disserter sous forme de coups de gueule sur l'amour et les femmes et il clôture l'histoire sur le début d'une autre phase de la vie de Xavier, mais sans doute pas celle où il trouvera un certain équilibre si jamais il en trouve un. Ni vraiment heureux, ni vraiment triste en fait.

D'un point de vue purement commercial, faire une suite à L'Auberge Espagnole était totalement compréhensible. Klapisch s'est en plus pris au jeu en radicalisant encore plus sa narration pour se rapprocher le plus possible de la vie d'un homme égoïste, pipeauteur, rêveur, philosophe, cynique, coureur, perdu et européen. Peut-être pas typique finalement mais vrai, définitivement vrai. Devant cette double réussite, je me prends à rêver d'un film tous les cinq ans sur Xavier... Et au petit jeu du "lequel tu préfères?", je dirais que ma préférence va au premier opus. Peut-être parce que je suis encore de la génération des 25 ans et que j'ai mieux ressenti les tourments du héros dans ce film.

La scène qui tue : Un personnage, Zinédine Soualem, qui jouait un barman dans L'Auberge Espagnole, campe ici un français moyen mais aussi un irrésistible play-boy dans l'imaginaire de Xavier! Très drôle.

Ce que ma copine en a pensé : Ah quelles sont mignonnes ces poupées russes que Romain Duris dépiaute une par une pour voir si la dernière lui conviendra. J'en suis jalouse ! Elles sont toutes plus belles les unes que les autres. Mis à part ce côté trop propre et factice de la vie, ce film est étonnant, drôle et charmeur. C'est à la fois une danse lascive et langoureuse entre des personnages qui se cherchent et une réunion d'anciens étudiants qui n'ont pas perdu leurs blagues potaches. Ce cocktail singulier a su m'emballer et me faire rire aux éclats plusieurs fois. C'est un film émouvant. C'est un film hilarant. C'est un film qu'il faut voir absolument!

Revoir le film : oui. Achat en DVD lorsqu'il sera pas trop cher.
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