Le Cinéma d'Aska

des films, du cinéma, de la télé, moi.

Lord Of War

Vu le 4/1/2006 à l'UGC Normandie Salle 1
Langue : anglais
Conditions : bonnes
Post Générique : non

L'histoire en une phrase : Yuri Orlov est un urkrainien émigré aux USA devenu trafiquant d'arme.

Lord Of War apparaît très documenté. Et pour cause, Andrew Niccol a longtemps enquêté sur le trafic mondial d'arme. Une enquête qui a porté ses fruits : le film Lord Of War regorge d'anecdotes inspirées de faits aussi incroyables qu'authentiques. C'est d'ailleurs un des paradoxes du cinéma : les histoires les plus incroyables sont souvent tirées de faits réels.
Le tournage semble avoir été étrange vu que Niccol tourna dans des quartiers dangereux en Afrique du Sud, acheta pour le film pas moins de 3000 AK-47 (qu'il revendit mal selon son propre aveu) et loua 50 chars T-72 à une personne qui les détenait à titre privé! Selon l'auteur, tout ceci revenait moins cher que le factice et l'image de synthèse (3d pas terrible d'ailleurs dans le générique du début et qui dessert cette bonne idée de suivre le parcours d'une balle depuis l'atelier de fabrication jusque dans la tête d'un soldat adolescent)! Le résultat est sidérant : la visite d'un arsenal en Ukraine avec ces chars parfaitement alignés est un des moments les plus passionnants du film.

Lord Of War décrit donc ce marché immense et secret des armes sous l'angle de la vérité et en centrant presque toute l'intrigue sur Yuri, homme d'affaire très avisé. C'est d'ailleurs la même approche que dans Gattaca où la majorité du film était vu du point de vue et raconté par le héros lui-même.
Autour de cet emblématique Yuri, la finesse n'est pas vraiment de mise, Lord Of War est un pamphlet après tout, et constituée principalement de gentils et de méchants. Deux de ces « gentils », interprétés par des acteurs solides (Jared Leto et Ethan Hawke, héros de Gattaca), sont hélas un peu trop caricaturaux, mais finalement peut-être nécessaires, à commencer par Vitaly, le frère junkie marqué à vie par le métier de Yuri et surtout ses conséquences souvent néfastes. Il semble personnifier l'horreur du milieu de Yuri. L'autre, c'est Jack Valentine, l'agent de la CIA. Présenté comme un incorruptible arrogant qui se révélera être aussi une pourriture « légale » (qui harcèle la famille de Yuri par exemple), sa naïveté fait vraiment tâche dans le milieu dans lequel il bosse. Plus subtile, Ava Fontaine est la femme idéale de Yuri mais de plus en plus rattrapé par la carrière de son mari et ses propres échecs.

Le cas Yuri Orlov est diablement plus épatant. Comme dans l'excellent Weather Man, Nicolas Cage joue un homme en quête du rêve américain, de la réussite professionnelle qui doit aller de pair avec le bonheur. Il y va avec entrain, motivation et panache même au coeur de l'horreur et du danger. Il est plusieurs fois menacé de mort ou sur le point d'être jeté en prison mais il rebondit toujours avec aplomb, un calme désarmant (ahah) et une certaine arrogance. Face aux spectaculaires perspectives de l'éclatement de l'union soviétique, il prouve qu'il est un homme de son temps face à la vieille garde représentée par Simeon Weisz (Ian Holm) dépassée par ce nouvel (des)ordre mondial et qui veut coûte que coûte choisir un camp. Yuri ne le choisit pas et continuera son trafic sans scrupules, illégal et immoral.

Et la conscience de Yuri dans tout ça? Justement, il l'écarte, blinde son propos (« mes armes font moins de mort que la voiture ou le tabac, et elles ont un cran de sûreté ») face à ses détracteurs et se déconnecte totalement des conséquences de ses ventes. Ce sont les armes et les balles qui le fascinent depuis le début, depuis la séquence clé qui lui révèle son futur métier : Yuri voit deux hommes de mains vident leurs chargeurs contre un homme et il sera plus intéressé par les balles que la mort. Dès lors, tout ce qui l'importe, c'est de vendre et il est très doué pour ça comme il le dit lui-même pour se justifier qu'il doit continuer.

Le théâtre majeur des opérations pour Yuri demeure l'Afrique montrée dans sa réalité la plus brutale : extrême pauvreté, prostitution, sida, guerre permanente, exécutions arbitraires et génocide. Le chaos en somme où les camions servent à transporter aussi bien les vivres envoyés par l'ONU que les armes et les munitions (peut-être sont-elles même destinées aux mêmes victimes). Une réalité peu réjouissante mais présentée avec une mordante ironie comme lorsque Yuri engueule un acheteur parce qu'en tuant un soldat avec le Magnum tout neuf, il l'a fait devenir une arme d'occasion. Et ce même Yuri se voit obliger de mettre à la porte deux créatures de rêve faute de préservatifs dans un pays ravagé par le sida.
C'est la force du film, l'humour qui traverse Lord Of War de part en part. De l'ironie pure bien sur mais aussi des dialogues ouvertement drôles comme les fautes de grammaire du Libérien Aristide dont cette expression "Lord Of War" à la place de Warlord. Et c'est de cette façon que Niccol, nous raconte une réalité violente, inhumaine ou plutôt terriblement humaine, qu'on montre peu mais que nous devinons.

Là où Gattaca jouait sur l'émotion, le lyrisme, l'humanité pour soutenir et finalement transcender son propos, Lord Of War manie avec un esprit corrosif l'humour et le désenchantement. C'est certainement moins attachant, et même assez glaçant, mais largement aussi efficace pour décrire toute une industrie qui n'est pas prêt de se casser la gueule, Lord Of War se clôturant, si on oublie la référence au conseil de sécurité de l'ONU plus gros vendeur d'arme hors sujet, par son introduction et qui suit les traces d'un homme qui « est déjà en enfer » et qui y réussit.

La Scène qui tue : la distribution d'armes à des autochtones avant que la CIA n'interviennent qui montre un Yuri se jouant des autorités avec insolence.

Revoir le film : oui. Je vais acheter le DVD.

Mon avis express : Andrew Niccol raconte la réalité d'un marché illégal, dangereux mais très lucratif et porteur : le trafic d'armes et nous livre un Lord Of War très documenté porté par un talentueux Nicolas Cage en négociant en arme hors pair. Pédagogique mais loin du cinéma-vérité, le film est avant tout un divertissement profondément ironique et parfois tordant. C'est même sa force.
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By Anonymous Ben, at 7:37 AM  

J'adore Andrew Niccol mais avec ces p... de partiels j'ai pas encore eu le temps de le voir. Bienvenue à Gattaca est un des meilleurs films de SF de ces 20 dernières années et pour Simone ça faisait longtmps que Al Pacino n'avait pas eu un rôle à la mesure du grand acteur qu'il peut être quand il n'a pas d'impots à payer.

Sinon désolé j'ai zappé ta question sur mon blog, j'ai vu 28 films cette année, 33 en comptant Cannes, tu as la liste en commentaire sur mon blog.  



By Blogger James Baker, at 10:24 PM  

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